jeudi 29 mars 2012

C'était hier que je recevais le dernier traitement de l'hôpital Notre-Dame de Montréal.  Car enfin ma demande de transfert au Centre de cancérologie de la Cité de la Santé de Laval a été approuvée.  C'est là-bas, dorénavant, que je recevrai mes soins.  Mon nouvel oncologue s'appelle Danielle Talbot et nous nous sommes rencontrées il y a deux semaines.  Elle me propose de poursuivre le même traitement que celui initié par mon oncologue précédent.   

Depuis un certain temps déjà, je réfléchissais à un transfert à la Cité de la Santé.  Cet hôpital régional est vraiment beaucoup plus près de notre maison, à environ 15 minutes de voiture, alors qu'il en faut 40 pour se rendre à Notre-Dame.  J'étais bien traitée à ND et la réputation du département d'oncologie de cet hôpital, membre du réseau universitaire de Montréal, est reconnue à travers le Québec et même à l'international.  Ils offrent d'ailleurs plusieurs spécialités en oncologie.  Ainsi, j'étais suivie par un gynéco-oncologue et c'est même lui qui avait procédé à ma chirurgie.  J'étais assurément entre de bonnes mains.  Cependant, puisque maintenant mes traitements visent principalement le confort et que leur fréquence augmente en même temps que ma santé décline, la proximité de l'hôpital devient prioritaire.  Pendant que les spécialistes gèrent ce qui reste de ma santé, je gère ce qui reste de mon temps.  Je le ménage, je l'étire, je fais de moi un SÉRAPHIN POUDRIER avare de temps, le ramasse, le cumule, pour le humer, le savourer, mais contrairement à l'avare, je le partage...un peu ce temps.  Et s'il n'est pas rare non plus que je vole le temps des autres pour le faire mien, je leur dérobe bien davantage.  Avare, égoïste et profiteuse du temps des autres et des autres mêmes.

Plus sérieusement, il faut que je vous raconte ma visite du Centre de cancérologie tout neuf de la Cité.  Les murs et les plafonds d'un blanc apaisant, rendus plus lumineux encore grâce aux fenêtres, larges vitrines qui à nos fauteuils amenaient un large pan de ciel, ce jour-là magnifiquement bleu et sans nuage.  Le bleu céleste s'étirait jusque dans les couloirs grâce à la transparence des murs séparant ceux-ci de la salle d'attente.  Calme, propreté, mobilier rare et moderne, environnement sans papier.  Tout à fait zen.  Ce n'est pas très grand.  Quelques chambres de traitement sont offertes aux patients qui doivent être isolés et la salle commune, de grandeur moyenne, mais aussi immaculée que le reste est, bien sûr, entièrement vitrée avec vue sur le jardin.  Je n'avais aucune raison de douter que sous la terre encore gelée se trouvait la promesse d'un joli aménagement de fleurs et de plantes colorées. Ici, tout sent la promesse.  Celle du printemps, celle du confort, du dorlotage, de l'apaisement.  Celle du temps peut-être.  Celle qu'on souhaite en vérité.

Je vous passe les détails de mes rencontres avec l'oncologue et l'infirmière pivot.  Suffit à dire que je les ai aimées tout de suite.  D'ailleurs, tout le personnel que j'ai rencontré m'a semblé très sympathique, patient, chaleureux et accueillant.

Depuis, déjà, l'infirmière-pivot m'a téléphonée deux fois.  La première pour m'informer qu'elle ne m'avait pas oubliée, mais qu'elle n'avait pas encore reçu la confirmation officielle de l'acceptation de mon transfert.  La seconde, pour m'annoncer que sa consoeur du centre de rendez-vous entrerait bientôt en communication avec moi pour fixer la date de mon premier traitement. 

Du professionnalisme en prime ?  De l'humanisme ?

Mon premier traitement est prévu pour mercredi, le 4 avril.  Vous avouer que j'ai presque hâte.

Le bonheur, dans le fond, c'est un état qui tient à quelques détails.  Je dois avoir un rapport assez heureux avec le blanc.

-  Pierre ?!   On repeint la maison.  Toute de blanc !!

-  Mais... pourquoi ?
-  C'est à cause des promesses.
-  ?!  Trop de morphine hier peut-être...

jeudi 15 mars 2012


Chers amis, me revoilà, moi et mes amis bedondaines.  Ils ne me quittent pas, Dieu qu’ils m’aiment!  Me voilà toute en poésie ce matin, tiens, tiens.  C’est qu’elle est en grande forme, remercions l’hydromorphone.    Tout de même, prions qu’il en existe des génériques, on ne sait jamais avec les pharmaceutiques.  J’ai « super » bien dormi, tellement que mon "chum" a changé de lit.   Ben oui, si vous n’avez pas compris, disons que dans un sommeil profond, je ronfle comme un petit cochon ou, plus honnêtement et comme dirait ma fille, tel un gros moteur d’avion.   Hier, troisième traitement, pas trop difficile heureusement.  J’ai même préparé le souper en arrivant.  Mais à 6 heures assurément, je suis tombée d’épuisement.  C’est peut-être pour ça que j’ai tant ronflé, finalement.
« Anyway ».  Vous vous en contrefichez.  Ma nuit, mon sommeil, pire encore mes ronflements, vous voulez surtout savoir comment en général je me sens.  C'est plus instructif, je vous comprends.
J’ai dit à tout le monde que j’allais de mieux de mieux, surtout depuis une semaine ou deux.  C’est vrai, je me sens moins fatiguée, dans ma tête et dans mon petit "body". Malgré tout, mon chum me rappelle que j’ai eu de la misère à respirer, certains jours à me lever, et que j’ai même rejeté tout un souper à la fin d’une journée-- que j’avais passé  en pyjama à me traîner comme une damnée.  C’est fou comme ma mémoire fait un bon tri de mes déboires.  
Quoiqu’il en soit, mes indomptables amis bedondaines, heureux de mon confortable et accueillant abdomen, élargissent leur domaine.  Ils ont même eu l’audace de s’insinuer plus haut, pour élargir leur réseau,  d'envahir les ganglions du thorax pour avoir encore plus de place.  Et éventuellement pour conquérir d’autres espaces.  Car les ganglions ont un groupe d’amis, membres d’un réseau non pas informatique, mais biologique, le lymphatique.  Espérons que la plupart des membres du Facebook lymphatique cliqueront « non » à la fameuse question. 
Physiquement, comment je me sens ?  Vous voulez dire, EXACTEMENT ?  Ben, hier soir, par exemple, j’ai commencé par avoir mal au ventre.  J’ai marché, monté l’escalier, préparé le bain de l’enfant qui commençait à chialer et mon mal de ventre est passé.  Les obligations parfois font des miracles de guérison.  Vite, enfilé un pyjama et annoncé à la smala : ma journée est terminée, je me couche, vous vous arrangez.  C'est que les obligations ne gagnent pas toujours non plus et je me fais une raison.
Une fois couchée, voilà la douleur qui revient, dans le dos d’abord, vous dites parfois « dans les reins ».  Dans l’épaule, sous les seins, bizarrement à tour de rôle.  J’ai déjà pris de l’hydromorphone, heureusement car autrement ça serait encore moins l’fun, pour le moment la douleur est à 3, et à ce niveau-là on n’en prend pas.  En tous cas, pas plus que ça.  Voilà.  Attendre un peu, ça passera.  J’ai beaucoup envie de dormir, mais il est trop  tôt, je ne veux pas me réveiller avant les oiseaux.  Pierre écoute la télé, j’écoute avec lui Les Enfants de la télé, puis Les Rescapés que j'ai appris à apprécier.  Ça me change les idées, mes muscles sont relaxés.  Envolées les douleurs.  Pour l’heure.  Parlant de temps, il est déjà 10 heures, l’heure de l’Ativant.  Un demi-comprimé suffit à me donner le sommeil pour toute la nuit.  Et voici qu’aujourd’hui, je vous écris.   Sans prétention, pour vous faire rire et aussi parce que j’en ai envie.
Il est midi.  Oups.  Chuis encore en robe de nuit !

Au revoir et bonne journée, moi je vais me doucher.