Lorsque ma nouvelle amie. Louise, traitée comme moi pour un cancer, m'expliquait que son nouveau traitement semblait fonctionner mais qu'elle se sentait continuellement fatiguée, elle me donnait de l'espoir. Je ne lisais pas dans ses paroles autant de joie qu'elle aurait dû avoir à cette bonne nouvelle. Elle me répétait qu'elle était si fatiguée, si épuisée, même "tannée" de ses traitements. Maintenant, je comprends. J'en suis à ma deuxième série de traitements hebdomadaires au Taxol. Je suis traitée au Centre de cancérologie de Laval. Les tests sanguins indiquent que mon corps répond bien au Taxol, sans que l'on ne sache encore si les traitements sont efficaces. Malgré tout, je suis si fatiguée que j'ai envie de passer mes journées en pyjama. Et je le fais souvent. Je m'allonge partout. Cela me désespère. Louise, je sais. Même si l'on t'a dit que tout l'ascite avait disparu de ton abdomen, qu'il ne restait que quelques cellules cancéreuses, que tes marqueurs avaient diminué de manière assez spectaculaire. Tu n'arrives pas à te réjouir complètement. Moi, j'ai mal à la tête, pas très faim, mal au ventre et au dos, envie de rester dans mon lit et y rester justement pendant plusieurs journées d'affilée. Par moment, douleurs intenses. Et mon corps qui s'écrase et ma tête qui se désole de cet état. J'en viens au découragement, j'ai peur que ce ne soit déjà ça, le début de la fin. Cet épuisement qui ne semble plus vouloir me laisser. Et puis, tout à coup, un rayon de soleil. Mon médecin, hier, n'a pas semblé s'inquiéter de cette grande fatigue. Elle a rapidement conclut que je devais être en "état de sevrage". Celui du décadron, qu'on m'injecte en quantité somme toute importante, en même temps que le Taxol. Sorte de "boost" chimique qui nous empêche de "crasher" à la réception du poison. Et alors, il ferait effet pendant un ou deux jours, me mettant dans un état euphorisant et puis, par la suite, c'est le 11/11. Je m'écroule. Solution, dit mon médecin, que rien ne fait broncher: ne pas arrêter d'un coup le décadron. J'en prendrai donc également le lendemain de la chimio et le surlendemain. On verra ce que ça donne. Je crois aussi que j'ai un rhume. Ce qui ne doit pas aider.
C'est comme ça que je me sens depuis deux mois.
Le pire sans doute fut de passer la fin de semaine de pâques sans voir mes parents et, surtout, sans pouvoir organiser la traditionnelle chasse aux cocos pour Florence et Pierre qui adoraient faire ensemble ce petit rallye.
Et alors je pense à Jacqueline, ma belle-mère, qui a vécu chez nous pendant près d'une dizaine d'années. Malade pendant une grande partie de sa vie, handicapée et confinée soit au lit soit à la chaise. Combien de pâques manqués, de soupers de famille escamotés, de désirs à enfouir afin de ne plus souffrir, d'une vie de famille, surtout, à ne plus essayer de créer ni même d'imaginer, mais à laisser se faire, sans elle. Hier, alors que Pierre me poussait en chaise roulante parce qu'on avait un long chemin à parcourir à l'hôpital, j'ai eu un moment l'impression que j'étais elle. Et au bout d'un moment, Pierre m'a dit: Pendant une fraction de seconde, j'ai eu l'impression que je poussais ma mère. Silence.
J'ai envie d'un jus d'orange, j'ai soif, j'ai la gorge irritée car je tousse beaucoup. Je trouverais peut-être la force de me rendre en bas, mais c'est le courage qui m'arrête. J'appelle mon chum. Il n'entend pas. Je crie plus fort. Rien encore. J'enrage. Je veux juste du jus ! Et si j'étais en train de mourir, on m'entendrait ?! J'enrage. J'ai envie de hurler: MERDE, JE SUIS TOUTE SEULE ICI ? Et c'est elle que je revois encore, dans sa chambre, que j'entends surtout appeler son fils avec l'intonation du désespoir et de la rage. Encore demander. Encore attendre. Enfouir les sentiments non charitables. "Oui, dit-elle, je suis très heureuse de vivre avec vous." Être reconnaissante envers ceux qui aident, sans qui on ne pourrait rien. Et pourtant, être à la merci de tout-un-chacun. Attendre tout le temps après l'autre. Attendre. S'en trouver content. Ou s'en contenter. Ça pourrait être pire, ça pourrait être mieux, disait-elle.
C'est le message le plus désolant que j'aie eu à écrire. J'aurais préféré n'en rien dire. Mais je me suis engagée à faire un blog sur mon cancer, pas sur mes rêves et mes illusions.
Qui déjà, me trouvait courageuse ?
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