Qui n'a pas joué à "Que ferais-tu si tu gagnais le million? " ou "...si tu apprenais que tu n'as plus que six mois à vivre?"
Lâcher sa job, acheter la voiture de nos rêves, faire un grand voyage autour du monde, escalader l'Everest, faire un tour en ballon, s'offrir tous les grands restaurants du monde, faire un pèlerinage, bref, en profiter pour combler tous nos désirs et nos rêves afin de n'avoir aucun regret. J’imagine que c’est l’idée.
C'est vrai que j'ai eu l’envie de partir. Pour Paris, New-York, San Francisco ou Vienne. Pour m'offrir l'émerveillement. J'ai surtout pensé que si je ne le faisais pas maintenant, je n'aurais pas cette chance de découvrir ces endroits avec ma fille. Nous en avions parlé déjà si souvent de ces endroits et monuments à voir ensemble: les lieux de tournage de La Mélodie du Bonheur, la Tour Effel, la Statue de la Liberté, les champs de lavande de la Provence, et puis le voyage le plus important de tous : le retour au pays d’origine et, avec un peu de chance, la rencontre avec sa mère biologique.
J’aurais pu aussi écrire. J’aurais des choses à dire, à raconter. Tant de mots qui se perdent dans l’air du matin… et tellement de choses qui tourbillonnent dans ma tête qu’elles finissent par s’étouffer entre elles ou se noyer dans mon quotidien.
Ce dont j’ai surtout envie, c’est de rester ici, chez moi, sagement, à employer le temps à ces petites choses que j’ai toujours faites auparavant, mais dans un autre état d’esprit. Je les vois, ces tâches insignifiantes, sans grand défi apparent, je me les rappelle comme étant des obligations ou des responsabilités. Pourtant, je les ressens maintenant comme des privilèges.
L’envie du voyage s’est un peu dissipée. Ce serait agréable, mais l’urgence n’y est plus.
Juste être là. Pour soi et pour les autres. Dans mes objets familiers que je redécouvre avec un nouveau plaisir.
J’ai quand même des regrets. J'ai mille regrets. Ce sont les seules émotions que j'ai par rapport au futur. Car mes regrets ne sont pas des souffrances liées à l’absence de choses ou à la présence d’actes passées. Mes regrets parlent des douleurs et la tristesse de MON absence à moi dans le temps de l’AUTRE. Regrets de ne pouvoir partager les joies, les Premières, les périodes importantes, les grands événements de la vie, les découvertes, les peines, les douleurs de l’AUTRE dans ce temps qui ne m'appartiendra plus.
Je pense au premier bal de ma fille, aux premiers talons aiguilles, aux premières amours comme aux grands chagrins, aux graduations, aux premiers départs. J’y pense même beaucoup. Je pense à combien elle sera belle. J’imagine le métier qu’elle choisira, l’avenir qu’elle se fera. Je devine ses confidences qui s’envoleront dans l’air du matin avec l’espoir de parvenir jusqu’à mon nuage.
Et j’essuie mes larmes en m’obligeant à lire et à relire cette citation :
Le temps le plus mal employé est celui que l'on donne aux regrets."
Citation du Duc de Lévis ; Maximes et préceptes, IX - 1808.
Ces regrets, pour moi, n'ont pas lieu d'être, car après la mort il ne reste aucun regret à la vie. Mais mon véritable et profond regret, c'est que je ne détiendrai pas l’exclusivité de ces regrets.
Alors c'est maintenant que je dis: s'il existe un être supérieur, une force et un pouvoir suprême, un chef d'orchestre (même poche) de la Vie qui peut m'entendre, je Lui dit, protégez ma fille de trop de douleurs, de trop de regrets.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire