Je me suis décidée. Je parlerai de mon cancer, de ce que je ressens et de tous ces petits riens qui composent mon nouvel état et dont plusieurs n'osent me parler. Les questions ne dépassent rarement le "Tu vas bien?".
Je ne sais pas encore très bien pourquoi ce blog. Pas clair. C'est la première chose à savoir, d'ailleurs: la clarté n'est pas toujours au rendez-vous après quelques séries de chimio. Concentration, attention, organisation sont un peu chambardées. Vous excuserez donc mes écarts, digressions et manques de clarté.
J'ai eu un diagnostic de cancer des ovaires au printemps 2009. Une hystérectomie suivie d'une série de six traitements de chimio. Puis d'une autre série. Une courte rémission, trop courte pour un pronostic favorable. Nouvelle chimio. "Madame, vous comprenez que vos traitements visent maintenant votre confort et non la guérison". Ce confort ne me semblait pas réconfortant du tout. Je suis "dans le confort" depuis une année.
Dès mon arrêt de travail en juillet 2009, j'ai décidé que j'avais soudain beaucoup de choses à faire. Avec ma famille surtout. Avec mes parents, incrédules et horrifiés par l'inévitable transgression de la règle de vie--les enfants ne doivent-ils pas survivre à leurs parents-- et défaits par l'ensemble des émotions comme des énergies déployées à me soutenir malgré tout. Avec mon mari, mon amoureux, tendre et fragile, abattu, démoli. Il aurait tellement souhaité avoir la candeur de ceux qui n'ont pas été instruits en la matière, profiter de l'ignorance suffisante à nourrir l'espoir, l'illusion, le rêve et à donner des élans de combat. Malgré la peine à se tenir debout, me répète qu'il est là pour moi. Mes petits frères, si petits pour moi, compagnons de travail idéaux, tantôt pareils à moi et tantôt mes contraires et mes compléments, prompts à me demander conseil, à me faire confiance, moi, la soeur aînée, responsable, fidèle et aimante. Ils ne parlent peu. Je la sais quand même leur tristesse, mais je connais aussi leur courage. Mais, surtout, surtout, surtout, avec ma fille. Petite fille du bout du monde. Qui me fait tenir fort. Dont je parlerai le plus souvent. Parce que voilà: c'est beaucoup pour elle que je me délecte encore de la vie, que j'emmagasine du bonheur, que je créé de la joie et toute une panoplie d'émotions agréables dans ma tête. Pour faire enrager le crabe. On ne sait pas comment ni pourquoi survient le cancer. Beaucoup d'hypothèses, mais peu de certitudes. Moi, ce que mes trippes me disent, c'est que le cancer ne se nourrit pas de bonheur. J'ai des choses à faire, du bonheur à cultiver. Aujourd'hui encore, mercredi le 9 novembre 2011, c'est moi qui mène.
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