vendredi 3 février 2012

Mon pays des rêves

Florence me demande souvent de lui donner des trucs.  Le soir, en l'occurrence, elle veut que je lui enseigne des "trucs pour s'endormir".  Le meilleur, celui qu'elle attend, celui qu'elle désire m'entendre lui expliquer encore et encore, pour le plaisir d'y accéder aussitôt, c'est celui-ci:  "Tu fermes les yeux, tu ne bouges plus et tu penses à quelque chose de très agréable qui s'est déjà passé.  Tu en imagines ensuite tous les détails, un à un, en prenant tout ton temps..." 

-  Ah, je sais, maman ! Je vais penser à mes vacances à Punta Cana avec mes cousines...

-  C'est parfait.   Essaie de te souvenir de TOUT, les couleurs, la température, les petits grains de sable, le goût du sel de la mer...

Le truc fonctionne généralement bien, même si à chaque fois Florence choisit le même souvenir.

Quant à moi, tous les souvenirs que je choisis de ramener pour meubler mes insomnies réfèrent à l'enfance.  Mais surtout, à ces portions d'enfance passées dans la campagne de mes grands-parents.  Ce tout petit coin de pays me revient, s'installe commodément dans mes nuits et je m'étonne des couleurs, des odeurs, des gestes que je réveille parfois d'un détail appelé.  Je m'y repose, m'y abandonne.   Mon sommeil se nourrit de ce bonheur enregistré.  Mon film culte, -- que dis-je, ma SÉRIE culte.  Mon pays des rêves à moi.


Instantanés d’un village

 Je voudrais te dire

les boisés de Batiscan,

le train qui effraie

chaque soir la maison,



la maison

qui nous parle,

nous chuchote son histoire

et le fleuve qui répond

de sa voix tabagique.



les enfants sans clôture,

petits cœurs béants,

cédant moult aventures

au maïs géant,

gardien de leurs secrets



l’écho de nos pas

sur le fer rouillé,

traversant la rivière

le vertige assuré .



l’image du grand-père,

douanier des mers,

déployant d’un levier

les lourds treillis d’acier.
 
-- l’a-t-on vu faire

ou bien imaginé ?



Pellicules greffées

Toile de fond :  un village.

Impromptus clichés

sous mes paupières sages

 
Je voudrais te dire

les hivers de Batiscan,

les cabanes se glissant

sur les courants figés,

les rues emprisonnées,

leurs maisons involutées

qui s’envoient des amitiés

d’une mielleuse lampée.



Mât dressé, les boîtes

exhibent l’assurance

d’autres vies qui miroitent,

nourrissant les histoires

dont se chauffent les cuisines

et les bancs de prière.




Aucun commentaire: