- Ah, je sais, maman ! Je vais penser à mes vacances à Punta Cana avec mes cousines...
- C'est parfait. Essaie de te souvenir de TOUT, les couleurs, la température, les petits grains de sable, le goût du sel de la mer...
Le truc fonctionne généralement bien, même si à chaque fois Florence choisit le même souvenir.
Quant à moi, tous les souvenirs que je choisis de ramener pour meubler mes insomnies réfèrent à l'enfance. Mais surtout, à ces portions d'enfance passées dans la campagne de mes grands-parents. Ce tout petit coin de pays me revient, s'installe commodément dans mes nuits et je m'étonne des couleurs, des odeurs, des gestes que je réveille parfois d'un détail appelé. Je m'y repose, m'y abandonne. Mon sommeil se nourrit de ce bonheur enregistré. Mon film culte, -- que dis-je, ma SÉRIE culte. Mon pays des rêves à moi.
Instantanés d’un village
les boisés de Batiscan,
le train qui effraie
chaque soir la maison,
la maison
qui nous parle,
nous chuchote son histoire
et le fleuve qui répond
de sa voix tabagique.
les enfants sans clôture,
petits cœurs béants,
cédant moult aventures
au maïs géant,
gardien de leurs secrets
l’écho de nos pas
sur le fer rouillé,
traversant la rivière
le vertige assuré .
l’image du grand-père,
douanier des mers,
déployant d’un levier
les lourds treillis d’acier.
-- l’a-t-on vu faire
ou bien imaginé ?
Pellicules greffées
Toile de fond : un village.
Impromptus clichés
sous mes paupières sages
Je voudrais te dire
les hivers de Batiscan,
les cabanes se glissant
sur les courants figés,
les rues emprisonnées,
leurs maisons involutées
qui s’envoient des amitiés
d’une mielleuse lampée.
Mât dressé, les boîtes
exhibent l’assurance
d’autres vies qui miroitent,
nourrissant les histoires
dont se chauffent les cuisines
et les bancs de prière.
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